22/02/2012

Tué en Syrie, le photographe Rémi Ochlik avait été révélé par Visa pour l'image

 Rémi Ochlik

Rémi Ochlik , âgé de 21 ans,  pendant le Festival Visa Pour l'image Perpignan et, plus récemment, portraituré par le photgraphe de l'AFP Lucas Mebrouk Dolega.
 © J.-L.B / Perpignan / Septembre 2004
 

" Tu m'appelles pour Rémi ? ".
" Euh ...oui "
(…) (silence) (...)
" Je suis désolé, mais, là, je n'ai rien à dire. Je suis avec toute l'équipe. Nous sommes abattus. Consternés ". Au bout du fil, Jean-François Leroy, le boss d'Images Evidence et directeur du Festival de Photojournalisme Visa pour l'image Perpignan, a la gorge nouée par l'émotion. Quelques heures plus tôt, il a appris le décès de Rémi Ochlik, touché par une roquette en Syrie lors d'une offensive de l'armée de Bachar el-Assad sur la ville d'Homs. Le jeune photographe français, tout juste âgé de 28 ans, a été tué dans le pilonnage du quartier de Baba Amro, en compagnie de la reporter de guerre américaine Marie Colvin, 55 ans, correspondante de CNN.
"J'en ai marre, je suis fatigué qu'on m'appelle chaque fois qu'un mec meurt. Tous ces photographes, malheureusement on les connaît, on les aime. "
Des sanglots dans la voix J.-F.L , ne trouve pas les mots. " Qu'est-ce que tu veux que je te dise. Rémi : on avait montré son travail sur Haïti en 20O4 à Visa pour l'Image ". 
Un sacré tremplin pour Ochlik alors âgé de 21 ans, encore étudiant à l'ICART (Institut supérieur des Carrières Artistiques), parti seul quelques mois auparavant couvrir les émeutes de Port-au-Prince. Ses photos, extrêmement fortes, font pressentir un regard singulier et une écriture très personnelle.
" Ma mère pensait que j'étais parti pour faire de l'illustration en République Dominicaine ", confiait-il à l'époque, en riant, lors d'une discussion à bâtons rompus dans le patio du Couvent des Minimes de Perpignan. 
Prises au grand angle, ses images vont à l'essentiel. Brutes de décoffrage, elles témoignent de l'horreur dans laquelle vient de sombrer Haïti. Certaines sont à la limite du soutenable. Un engagement sans concession, rare chez un photographe débutant. " Mes premières photos étaient floues. Je ne sais pas pourquoi. C'était sûrement un mélange  d'excitation et d'émotion ". Puis, au fur à mesure, Rémi prend ses marques. Affine ses cadrages. Apprend son boulot dans le sang, la boue et les larmes.
L'année suivante, Ochlik décide de franchir définitivement le pas en cofondant l'agence IP3 Press, dont l'objectif est de couvrir les événements à Paris et les conflits dans le monde. " Il avait envie de bouffer du terrain. Ce métier, il le transpirait, il l'aimait profondément " confie à l'AFP son confrère Franck Medan.
Début février, son talent est couronné par l'obtention du prestigieux World press dans la catégorie " Général news, Stories " pour son stupéfiant reportage sur les événements du Printemps arabe en Libye. " On avait prévu de manger ensemble pour fêter ça ", lâche Jean-François Leroy, toujours sous le coup de l'émotion. "Rémi, c'était vraiment un type rare. Un gars formidable ".
Flash-back. Septembre 2004. Carrure frêle, visage glabre appuyé par une barbichette naissante et un piercing sous la lèvre inférieure, Rémi Ochlik semblait à peine sorti de l'adolescence. Il avait 20 ans et était convaincu de faire le plus beau métier du monde. Confidence : " La guerre est pire qu'une drogue. Sur l'instant, c'est le cauchemar. Une fois le danger passé, on meurt d'envie d'y retourner. Il y a une force incompréhensible qui nous pousse à y revenir ".
Des propos étonnamment lucides et prémonitoires.

Voir le site de Rémi Ochlik >>>

    

18:49 Écrit par Jean-Luc Bobin dans ACTU | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rémi ochlik, syrie, visa pour l'image, photojournalisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | |  Imprimer | Pin it! | | |

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