04/11/2012

Wilhem Brasse, le photographe de l'horreur, vient de décéder à l'âge de 95 ans

Willhelm Brasse

Il fut le photographe de l'horreur. Ses clichés montent des corps décharnés, des visages terrifiés. Ses images anthropométriques au cadrage rigoureux donnent la nausée. On y voit des hommes, des femmes et des enfants aux regards vides. Inexpressifs. Ceux de morts en sursis. Ancien détenu polonais du camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau, Wilhelm Brasse est décédé le 23 octobre dernier à l'âge de 95 ans. Affecté à la cellule d'identification de prisonniers (la Erkennungsdienst), de 1940 à 1943 il photographia entre 40 000 et 50 000 déportés.
Né en 1917, Wilhelm Brasse avait travaillé dans sa jeunesse comme photographe dans le sud de la Pologne.
Arrêté par les Allemand à l'occasion d'une tentative de passage à la frontière Hongroise, il fut incarcéré à Auschwitz avec pour mission de tirer le portrait de tous les nouveaux arrivants. "Sauf ceux envoyés directement dans les chambre à gaz", témoigna-t-il en 2009 à l'occasion d'un entretien accordé à l'AFP. En une nuit, on lui ordonna de photographier 1 100 déportés du camp de Drancy. "J'étais le seul photographe professionnel de l'unité. Les Allemands avaient besoin de moi et ça m'a permis de survivre". 
Aussi insoutenable que son travail puisse être considéré, il atteste aujourd'hui de la minutie avec laquelle les Nazis étaient enclins à enregistrer les moindres faits et gestes de leur fureur exterminatrice. Car outre ces "photos d'identité", Wilhelm Brasse était par ailleurs chargé de graver sur négatif les pseudo expériences médicales du tristement célèbre docteur Josef Mengele. Notamment celles sur la stérilisation des femmes juives, ou encore sur les tests du Zyklon B.
En septembre 1941, plus de 800 Russes et Polonais furent rassemblés dans le bloc 11 et sauvagement assassinés pendant que Brasse immortalisait la scène. "La joie sadique avec laquelle les SS se mettaient à l'ouvrage était particulièrement répugnante", confia-t-il en 2005 au quotidien The Guardian.
En janvier 1945, peu de temps avant la libération du camp par l'Armée rouge, Wilhelm Brasse reçut l'ordre de tout détruire. Mais ne s'exécuta qu'en partie. Réussissant à sauver des flammes de nombreux rouleaux de pellicule.
Près de 40 000 de ses photos sont désormais conservées par le musée d'Auschwitz, qu'il contribua à élaborer. Après guerre, le matricule 3344 consacra une partie de son temps à témoigner sur l'Holocauste. Notamment dans les écoles.
Brasse tenta bien de redevenir ensuite photographe portraitiste. Mais dut très vite envisager de tirer définitivement un trait. Son passé ne cessait de le rattraper. Impossible d'oublier.
A chaque fois qu'il regardait dans le viseur : il y voyait l'horreur.

 [ Sources : AFP, L'Express, Courrier international ]

18:36 Écrit par Jean-Luc Bobin dans ACTU | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | |  Imprimer | Pin it! | | |

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