05/02/2011

Mourir à Bénarès

 C'est une ville en dehors du temps. L'une des plus anciennes d'Inde. Une ville sacrée. Une mégapole de plus de 3 millions d'habitants. Une ville à la toponymie chantante. Bénarès, Vârânasî, Kâshî : trois mêmes noms pour une ville sainte. C'est une ville où l'on vient mourir. Une cité de fin du monde où y est transcendé le passage de vie à trépas.

Pour les hindous, s'y faire incinérer c'est pouvoir enfin rompre avec le cycle des réincarnations pour accéder au Nirvana. 
Déambuler le long des ghâts, ces immenses escaliers en pierre qui plongent dans les eaux troubles du Gange, est un authentique choc. Une décharge sensorielle qui ne laisse pas indemne.
De l'aube au couchant, une foultitude d'hommes, de femmes, d'enfant et vieillards y vient manger, prier, s'y immerger, s'y laver. 
Dans le brouhaha lancinant des clochettes et percussions accompagnant les incantations des prêtres, la vision des crémations ajoute au trouble.
Dans l'odeur âcre des bûchers et des fumées d'encens, Bénarès, ville poubelle à ciel ouvert que disputent aux Etres humains, vaches rats et chiens, vous prend alors subitement à la gorge.
Une étreinte puissante, oppressante et bouleversante qui laisse nécessairement aux tréfonds de l'âme comme une empreinte indélébile.

© J.-L.B / Bénarès / Novembre 2009 

 

19:30 Écrit par Jean-Luc Bobin dans DECLICS | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : inde, bénarès, varanasi, hindhou, hindhouisme, religion | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | |  Imprimer | Pin it! | | |